Tapis Boucherouite : origine, fabrication et comment le choisir

Le tapis boucherouite se reconnaît à ses bandes de couleurs vives et à sa texture bouclée. Né dans le Moyen Atlas, au Maroc, d’une pratique de récupération, il raconte une autre histoire du tissage berbère, entre artisanat et art de vivre.

LES POINTS ESSENTIELS

Ce qu’il faut retenir

  • Le boucherouite est un tapis berbère tissé à partir de chutes de tissu recyclées, pas de laine neuve.
  • Cette technique remonte aux femmes du Moyen Atlas marocain, qui en ont fait un savoir-faire à part entière.
  • Un boucherouite authentique se reconnaît à son irrégularité assumée : aucune pièce n’est identique à une autre.
  • Comptez généralement entre 80 et 400 euros selon la taille et le circuit d’achat, artisanat oblige.
  • Il se fabrique aussi soi-même en DIY à partir de chutes de tissu, à condition d’avoir de la patience.

Le tapis boucherouite, un tissage né de la récupération

Le tapis boucherouite est un tapis berbère traditionnellement tissé dans le Moyen Atlas, au Maroc, à partir de chutes de tissu, de vêtements usés et de restes de laine, plutôt qu’à partir de fils neufs. Le mot lui-même vient du dialecte du Maroc et désigne des morceaux ou des lambeaux de tissu, celui-là même que les tisserandes récupéraient pour ne rien perdre.

On a longtemps présenté ces tapis comme un simple sous-produit, moins noble que les pièces en laine pure type Beni Ouarain. C’est mal comprendre la démarche. Le boucherouite est né d’une logique d’économie domestique : chaque foyer berbère produisait ses propres textiles, et les chutes de laine, de coton ou de tissu usé ne se jetaient jamais. Les femmes les transformaient en tapis destinés à leur propre maison, pas à la vente. Ce n’est que plus tard, avec l’intérêt croissant pour l’artisanat du Maroc, que ces pièces ont trouvé leur place dans les intérieurs occidentaux, sur le marché de la décoration et dans les guides de style bohème chic.

Comment il est fabriqué, du chiffon au tapis

La fabrication d’un boucherouite commence par le tri des chutes de tissu par couleur et par matière : coton, laine, jersey, parfois quelques fibres synthétiques. Les tisserandes découpent ces morceaux en bandes fines, qu’elles nouent ou entortillent directement sur une chaîne tendue sur un métier à tisser traditionnel.

Cette méthode explique l’aspect si particulier du résultat : des blocs de couleurs qui se succèdent sans motif géométrique répété, une trame parfois plus lâche que sur un tapis en laine classique. Contrairement à un tapis berbère en laine pure, où le motif se pense à l’avance, le boucherouite se construit au fil des chutes disponibles. C’est un tissage d’improvisation, pas un défaut de fabrication.

Fabriquer son tapis boucherouite en DIY

Un boucherouite se prête bien à une version maison, à condition d’accepter le temps que ça demande. On récupère de vieux tee-shirts, des chutes de jean ou des retailles de coton, qu’on découpe en bandes régulières d’environ deux centimètres de large. Ces bandes se nouent ensuite sur une base tressée ou sur un filet tendu, un peu comme pour un tapis crocheté au gros crochet.

Pas besoin de métier à tisser professionnel pour se lancer : un cadre en bois avec des fils tendus en chaîne suffit pour un petit format, type descente de lit. Une fois terminée, cette pièce trouve aussi bien sa place au pied du lit dans une chambre que dans un couloir. Le rendu ne rivalisera pas avec une pièce tissée par une artisane expérimentée, mais l’esprit boucherouite, la récupération et l’irrégularité assumée, reste fidèle à l’original.

Reconnaître un tapis boucherouite authentique

Un vrai boucherouite ne cherche jamais la symétrie parfaite. Les bandes de couleur changent de largeur, les motifs se décalent d’un bout à l’autre du tapis, et deux pièces ne se ressemblent jamais tout à fait. C’est cette irrégularité, plus que la couleur ou le motif, qui signe l’authenticité.

  • Un mélange de matières visible : coton, laine, jersey, parfois un fil brillant récupéré.
  • Des bordures parfois franges, parfois brutes, sans finition industrielle uniforme.
  • Un envers qui laisse deviner les nœuds et les jonctions entre les bandes de tissu.
  • Une provenance identifiable : coopératives ou artisanes du Moyen Atlas, plutôt qu’une fabrication en série.

Ne le confondez pas avec un kilim, tissé sans poils sur un métier différent, ni avec un azilal, cet autre tapis berbère du Moyen Atlas en laine celui-là. Le boucherouite se reconnaît à son mélange de matières et à son caractère résolument coloré. Pour aller plus loin sur ce qui distingue un tissage artisanal d’une copie industrielle, notre article sur le tapis berbère fait main détaille les mêmes repères, valables sur l’ensemble des tapis marocains.

Le tapis boucherouite dans un couloir

Le couloir est l’un des meilleurs terrains d’expression du boucherouite. Sa palette de couleurs vives et son motif irrégulier absorbent les traces de passage bien mieux qu’un tapis uni, ce qui en fait un choix pratique autant qu’esthétique pour une zone à fort trafic. On privilégie un format long et étroit, du type descente ou chemin, taillé sur mesure ou recomposé à partir de plusieurs chutes.

Un point de vigilance toutefois : la trame plus lâche du boucherouite glisse davantage sur un sol lisse (carrelage, parquet verni) qu’un tapis en laine dense. Une sous-couche antidérapante n’est pas un luxe dans un couloir, c’est une nécessité.

Notre sélection de tapis boucherouite

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Repères pour choisir son tapis boucherouite
Format Points forts Idéal pour
Petit format (descente) Prix accessible, facile à entretenir Chevet, entrée, salle de bain
Format couloir Motif irrégulier qui masque les traces Couloir, dégagement, cuisine
Format salon Pièce unique, effet déco affirmé Salon, chambre principale

Prix d’un tapis boucherouite : à quoi s’attendre

Un tapis boucherouite coûte en général entre 80 et 400 euros, l’écart s’expliquant surtout par la taille et le circuit d’achat. Une pièce vendue en direct par une coopérative marocaine se négocie souvent moins cher qu’une sélection équivalente achetée en France, où les boutiques spécialisées valorisent surtout les pièces vintage aux motifs les plus graphiques et répercutent le transport dans le prix. Le boucherouite reste toutefois l’une des familles de tapis berbère les plus accessibles, justement parce qu’il est fait de matières recyclées et non de laine neuve.

Pour comparer ce positionnement tarifaire avec les autres types de tapis marocains, notre guide sur combien coûte un tapis berbère détaille les fourchettes par matière et par taille.

Entretien au quotidien

Le boucherouite s’entretient plus facilement qu’un tapis en laine dense, ses fibres mélangées supportant bien l’aspirateur à puissance modérée. On évite en revanche le lavage en machine sur les grands formats : les bandes de tissu nouées peuvent se détendre. Un nettoyage localisé à l’eau tiède et au savon doux suffit pour une tache, suivi d’un séchage à plat, à l’ombre.

Notre page dédiée aux conseils d’entretien du tapis berbère reprend ces gestes en détail, valables sur l’ensemble des tissages traditionnels.

Notre avis

Le boucherouite n’essaie pas d’imiter un tapis en laine haut de gamme. On y retrouve l’esprit berbère du zéro gaspillage, une pièce jamais tout à fait pareille à une autre, et un budget qui reste raisonnable. Si vous cherchez un tapis berbère pour une zone de passage ou une première pièce artisanale sans se ruiner, le boucherouite coche les bonnes cases. Pour affiner votre choix entre les différentes familles de tapis marocains, notre guide sur comment choisir son tapis berbère complète utilement cette lecture.